16h> 18h
Salle de L'Aubette

Les enjeux difficiles de la GPA

 

Avec cette table ronde, il s’agit « d’ouvrir un débat autour d’un des enjeux de bioéthiques les plus sensibles », d’après le professeur Israël Nisand, qui l’animera samedi 3 février à 16h. Un enjeu qui touche aux thèmes de la maternité (la norme de la « bonne mère »), mais aussi des relations entre personnes de milieux sociaux différents. L’objet est de soulever la question d’une régulation quand les gens vont massivement à l’étranger pour contourner l’interdit absolu français, qui entraîne souvent des effets pervers. La table ronde propose d’affronter le dilemme, avec le souci de donner la parole à ses partisans et opposants dans le respect mutuel, mais aussi en tournant le sujet sous différents angles, ce qui se retrouve dans les intervenants venant apporter leur éclairage :

Laurence Brunet apportera son point de vue de juriste, spécialiste en droit de la famille et chercheuse à la Sorbonne. Elle pourra évoquer les différents contextes juridiques en Europe, puisqu’elle avait coordonné le rapport de 2013 pour le Parlement Européen sur l’état des législations sur la gestation pour autrui (GPA) en Europe. S’il montrait que la législation sur ce sujet est très disparate sur le vieux continent, il édictait quelques recommandations, parmi lesquelles un minimum d’encadrement de la GPA, un consensus sur la reconnaissance de la filiation des enfants, et une certaine harmonisation à l’échelle mondiale en commençant par une convention internationale.

Laurence Brunet et les autres experts y soulignent la priorité à donner à l’intérêt des enfants. Pour elle, le sens de l’Histoire, c’est “d’organiser la GPA, [car] on ne peut pas revenir en arrière.”  Dans son article La globalisation internationale de la gestation pour autrui, publié dans la revue Travail Genre et sociétés en 2012, Laurence Brunet suggère que la défiance qui entoure la GPA peut en partie s’expliquer par le fait qu’elle renverse le principe d’anonymat du don cher à la loi française dans le domaine de l’aide médicale à la procréation en général.

Ce point de vue juridique sera complété par l’intervention de Marion Abecassis, juriste et avocate, qui regarde déjà vers l’avenir pour poser les questions aujourd’hui. Dans l’article Artificial Wombs : ‘the Third Era of Human Reproduction’ and the Likely Impact on French and U.S. Law, paru dans le Hastings Women’s Law Journal, elle anticipe l’arrivée de futurs “utérus artificiels” et explore les réponses possibles aux questions que pose une telle technologie, particulièrement sur trois sujets : le statut de l’embryon, le lien de parenté, et l’accès à ce type de technologies. Sans prendre position sur le plan idéologique, elle veut poser la question de « ce qui dérange » et anticiper les nouvelles technologies.

Au contraire, Martine Boussel, membre de la Commission « Science » de la Fédération  Nationale de la Libre pensée (mouvement philosophique et association laïque), plaide pour la GPA pour tous au nom de l’égalité des droits, et un encadrement pour éviter les dérives, car « chacun doit pouvoir décider en fonction de sa liberté de conscience », et que « la pire des choses, c’est l’interdiction ». La Fédération de la libre pensée avait émis sa vision d’un encadrement de la GPA, qui donnerait notamment un rôle important de contrôle à l’agence de la biomédecine.

Avec

Animation : Israël NISAND
rofesseur de médecine, chef de pôle gynécologie-obstétrique, hôpitaux universitaires de Strasbourg, fondateur du Forum Européen de Bioéthique