L_Homme_et_ses_protheses4

Un forum très organe-isé

Un forum ? Mais pour quoi ? Pour qui ? Voilà par quoi M.Nisand commence son exposé : le but de ce forum, nous explique-t-il, est de « permettre aux gens de s’exprimer et d’être informés sur les grands sujets qui agitent la bioéthique aujourd’hui, comme le don d’organes, ou le fait que des homosexuels puissent adopter des enfants, voir qu’une femme puisse porter l’enfant d’une autre ».

Autant de sujets qui sont parfois encore tabous dans notre société. Mais, souligne le gynécologue, pour toutes ces questions mêlant science, éthique et philosophie, « ce ne sont pas aux médecins de décider seuls ». D’où la création de ce grand forum.

Les étudiants se lancent alors, chacun prenant la parole à son tour devant le micro. Des questions telles que « Combien de temps peut-on laisser un organe en-dehors d’un corps ? », « Comment inciter au don d’organe sans provoquer de culpabilité ? », ou encore « Y’a-t-il des progrès dans la recherche, à propos des greffes ? » s’enchaînent, auxquelles Israël Nisand répond volontiers.

Nous apprenons donc qu’il existe des groupes de comptabilité tissuaire (HLA) ; en effet, comme le sang, les organes ne peuvent pas être transmis n’importe comment : le donneur ne doit pas être trop âgé (pour un rein par exemple, la limite d’âge est de 60 ans), et se trouver en bonne santé pour assurer une sécurité virale optimale.

De plus, les personnes atteintes du VIH où d’autres maladies transmissibles ne sont pas en mesure de faire des dons. Pour être franc, ce sont les accidents de la route qui fournissent beaucoup d’organes mais malheureusement, il n’existe pas assez de greffons en France : des milliers de personnes, en attente d’un rein, d’un cœur meurent chaque année « sur feuille d’attente (ces dernières existent en effet, à échelle européenne).

Mais pour ceux qui ont eu la chance d’obtenir une greffe, n’est-ce pas dur de vivre avec ce corps étranger ? Particulièrement pour ceux qui se sont fait opérer de la main, du visage ou du cœur ? Des livres comme L’Intrus de Jean-Luc Nancy (2010) ont été publiés, et démontrent l’apparition d’une difficulté psychologique qui se développe après une opération de cette sorte, due principalement à ce ressenti de « porter l’organe d’un autre », et de lui en être redevable à vie. Ce sentiment est encore plus perceptible entre des personnes qui se connaissent (le don d’organes entre personnes vivantes est, en France, autorisé « en famille ». Sinon, il est strictement anonyme).

Néanmoins, pouvons-nous imaginer un jour que les greffes ne soient plus le seul moyen de sauver des vies ? Oui, si l’on en croit les dires de Mr Nisand, qui semble avoir confiance en la recherche médicale : en effet, il n’est pas exclu que, dans l’avenir, on sache fabriquer des organes à partir de cellules souches ou des prothèses : des greffes d’utérus artificiel ont par exemple été réalisées avec succès en Suède, ce qui pourrait devenir une alternative aux « mères porteuses », interdites en France.

Pour finir, la question du rôle des politiques dans toute cette affaire est évoquée ; faut-il organiser un referendum sur  toutes ces questions de bioéthique ?

La position de notre interlocuteur est très réservée : « Il faut que les politiques anticipent, bien qu’ils soient assez maladroits sur ce sujet », lâche-t-il. « Ce que je propose, c’est d’organiser des états-généraux de la bioéthique, où chacun pourra être informé et prendre part au débat. » Un forum géant, en quelque sorte. Nous l’espérons donc pour lui de tout cœur.

Article écrit par Tom Fischer, terminale L, Lycée Jeanne d’Arc, Mulhouse