big data

Quels sont les choix de la Silicon Valley pour notre santé ?

Les géants du Web disent se soucier de notre santé. Qu’entendent-ils par là ?

« Nous nous attaquons au vieillissement, l’un des plus grands mystères de la vie. » Voici la réclame de Calicolabs, filiale de Google dédiée à la santé et au bien-être. Régulièrement, les GAFA (pour Google, Apple, Facebook, Amazon) vantent leur souci de nos vigueur et constitution. Un positionnement pour le moins étonnant car, comme le rappelle Jean-Gabriel Ganascia, professeur à l’Université Pierre-et-Marie-Curie et directeur de l’équipe Acasa (Agents cognitifs et apprentissage symbolique automatique) au laboratoire d’informatique de Paris 6 (LIP6), « normalement, la santé, ce sont plutôt les États qui s’en occupent ».
Reste à définir ce terme : est-ce uniquement le fait de ne pas tomber malade, ou bien aussi d’améliorer son bien-être, comme l’estime l’Organisation mondiale de la santé ?

Médecines prédictive et personnalisée

Parmi les promesses des géants du Web : la médecine prédictive. Celle-ci permettrait, à travers le séquençage du génome des individus, de connaître les risques de maladies auxquels ils sont soumis et de les diagnostiquer/soigner en fonction.
Pourtant, être porteur de risques ne signifie pas nécessairement tomber malade : les facteurs génétiques ne sont pas déterministes. « Cela pose des questions d’ordre éthique, commente Jean-Gabriel Ganascia. Cela inquiéterait les gens de manière précoce, et pourrait être connu de leur entourage. » Il évoque l’éventualité de difficultés professionnelles suite au présage d’une possible maladie.

La médecine personnalisée, consistant à individualiser les traitements en fonction des spécificités de chaque individu, est aussi évoquée. Le professeur souligne cependant que les statistiques ne peuvent se suffire à elles-mêmes, malgré la foule de progrès possibles.
Il rappelle qu’en 2008, Google avait lancé un système de prédiction de certaines épidémies grâce aux requêtes effectuées dans son moteur de recherche, sans réel succès.

Comment sont guidés les choix des GAFA en matière de santé ? Jean-Gabriel Ganascia note que c’est « un peu opaque », car il n’y a « pas de régulation sociale » des objectifs déterminés par ces sociétés.
Deux points semblent plus clairs : ces annonces des géants sont un bon « coup de pub » pour eux, et les assurances peuvent être fort intéressées par toutes les données de santé collectées dans le cadre de tels programmes.

Bénédicte Weiss, journaliste