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Quelle éthique pour les intelligences artificielles ?

Géants du Web comme scientifiques se penchent sur l’éthique pour les intelligences artificielles. À quelles problématiques devrait-elle répondre ?

Le 28 septembre 2016, Google, Facebook, Microsoft et IBM notamment, annonçaient un partenariat visant à définir les bonnes pratiques de l’objet que sont les intelligences artificielles, notamment en termes d’éthique.
Car si les géants du Web promeuvent ces technologies, ils en soulignent aussi les dangers. Pour Jean-Michel Truong, cogniticien et expert en intelligence artificielle, cela fait partie inhérente de leur communication pour attirer des investisseurs : « C’est un moyen de suggérer qu’a été atteint le niveau de développement de la technologie où le besoin d’éthique est pertinent. Mais ce n’est pas le cas », analyse-t-il. À noter que dans le domaine militaire, la question des drones autonomes (et tueurs) soulève, entre autres, des interrogations bien réelles sur les « bavures ».

Points de vigilance

Parmi les sujets à prendre en compte, il y a bien entendu celui de la vie privée, liée à la collecte d’informations des utilisateurs. Jean-Gabriel Ganascia, professeur à l’Université Pierre-et-Marie-Curie et directeur de l’équipe Acasa (Agents cognitifs et apprentissage symbolique automatique) au laboratoire d’informatique de Paris 6 (LIP6), souligne la nécessité de prêter attention aux problématiques de responsabilité : « Nous sommes incapables, lorsque nous interagissons avec un dispositif, d’en maîtriser tous les tenants et les aboutissants ».
Il prend l’exemple du propriétaire d’une machine qui apprendrait en fonction de son environnement et de ses expériences, et n’agirait pas selon son seul programme. Selon les modalités de cet apprentissage, ses conséquences pourraient être malheureuses.
Le chercheur ajoute qu’il faut également prêter attention aux limites des systèmes prédictifs et statistiques découlant du traitement en masse de données, notamment dans le domaine médical.

Mais introduire des notions d’éthique ne serait-il pas aussi pour les géants du Web une façon d’éviter le couperet réglementaire ? « Ces géants ont en effet une volonté de dérégulation et de sortie de la logique étatique, répond Jean-Gabriel Ganascia. Ils estiment savoir ce qui est bien ».

Bénédicte Weiss, journaliste