Allegoria dell'immortalità Giulio Romano Allegoria dell'immortalità © Detroit institut of arts

Que se passe-t-il quand la mort recule ? Une vie longue, mais à quel prix ?

Les transhumanistes nous promettent une vie longue, voire illimitée. À quel prix ?

« Pendant longtemps, il y a eu avec les religions le modèle de l’éternité. Ce paradigme laisse aujourd’hui place, avec les nouvelles nano-biotechnologies, à l’immortalité ». Vincent Grégoire-Delory, directeur de l’École supérieure d’éthique des sciences de l’Institut catholique de Toulouse et responsable de la plateforme éthique du consortium public-privé Toulouse White Biotechnology, estime que ce nouveau paradigme relève du fantasme. « Comme si le scandale de la mort serait résolu grâce à l’ADN. » Pourtant, comme le souligne David Le Breton, anthropologue et sociologue, professeur à l’Université de Strasbourg, mourir est nécessaire pour donner un sens à la vie : « Seul a de prix ce qui peut nous être arraché ».

L’espérance de vie a quasiment doublé au XXe siècle. Notamment en raison des progrès de la médecine et à une meilleure hygiène publique. Cela n’en fait pas pour autant un corps immortel, ni ne permet à tous de dépasser un siècle de vie.

Des limites démographiques

Car les promesses des transhumanistes sont larges : l’immortalité, ou à défaut une durée de vie très longue, allant de 150 à 1 000 ans… Si elle devenait effective, cette longueur pourrait causer de sérieux problèmes, notamment démographiques. « Par exemple, allonger la durée de vie de cent ans donnerait en un siècle environ 400 millions d’individus à la France », dénombre Jean-Michel Truong, cogniticien et expert en intelligence artificielle. Mais il avance que la planète ne supporterait pas une telle population, ce qui conduirait selon lui à devoir déterminer qui pourrait vivre longtemps, et qui pourrait se reproduire. Soit, in fine, se retrouver « dans une société malthusienne de type fasciste. » Il y ajoute le fait que même en bonne santé, la population serait vieille, si bien que ce sont des personnes très âgées qui gouverneraient la société.

Mais pour lui, la question de fond est financière : le recul de la mort, voire de l’immortalité, est selon son analyse une opération marketing destinée à attirer les investisseurs… jusqu’à ce que la bulle financière bâtie sur cette supposition n’éclate.

Bénédicte Weiss, journaliste

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