Où va l’humanité ?

I – C’est une question de prophète, que l’on peut accepter. Mais des prophètes laïques … à savoir qu’un gynécologue, un psychanalyste ne peuvent se référer sérieusement qu’à leur clinique.

Kliné, c’est ce qui se dit au lit du patient. Israël donne la vie, moi j’essaie de donner plus de vie à du désir. Nous sommes faits pour nous croiser et nous nous acheminons autour du terme éthique : bioéthique, éthique du sujet, confrontation entre une science qui peut être folle et une parole pleine qui se perd dans une communication délirante et une hypnose collective sans limite, même si elle s’appelle Réseaux Sociaux.

II – Avant de répondre à la question « où va l’humanité ? », avant de pouvoir prophétiser pour l’avenir, il nous faut faire un petit état des lieux.

Sur le plan scientifique, c’est génial de vivre la période que nous vivons : que de progrès en médecine, en obstétrique… Combien de personnes dans cette salle seraient au cimetière de Cronenbourg si, dans nos pays, les sciences médicales ne s’étaient pas accélérées ? Combien de personnes auraient pu se faire soigner si nous n’avions pas la sécurité sociale pour tous ? Combien de personnes seraient enfermées dans des cages — comme dans Amadeus — si on n’avait pas trouvé les neuroleptiques ?

Mais comme le dit Georges Agamben dans L’ouverture de l’homme à l’animal (Rivages, 2002), il y a un conflit entre l’animalité et l’humanité de l’homme.

Et, en saisissant notre présent humain, peut-être pourrons-nous trouver les paramètres de l’avenir.

III – A partir de « Où est-on ? » et « D’où vient-on ? », peut-être pourra-t-on présager le « Où va l’humanité ? »

Hier

• Le progrès n’a pas empêché la guerre… si ce n’est pour perfectionner les machines à tuer.

• La shoah a désarticulé toute idée de progrès et le techno-scientisme a conduit à rompre la civilisation dans son devenir. La conférence de Wannsee et la solution finale ont détruit les corps et désarticulé l’idée de progrès possible.

• La théorie de la relativité a produit Hiroshima, Nagasaki, et, aujourd’hui, a créé des centrales atomiques qui nous ont bien servi, mais dont les déchets sont immortels

Pour ce qui nous concerne aujourd’hui

La science peut produire des clones et on ne sait comment limiter ces possibilités si positives sur le plan des  virtualités des organes et qui peut conduire à une armée d’hommes identiques.

Sommes-nous des apprentis sorciers ?

• Pour le domaine qui me concerne, on a trouvé des produits psychotropes extraordinaires et on en a profité pour produire des classifications purement cliniques, pour introduire des techniques utiles mais simplistes, techniques comportementalistes, cognitivistes, hypnotiques, au détriment de la psychanalyse, d’une clinique de la parole, du sujet, de la différence…

On rêve de sismothérapie au lieu de la parole, de l’hypnose à la place du colloque singulier.

Mais que s’est-il passé ? demanda-t-il

IV —  On a changé de génération. L’appel au sujet libéré de 68 s’est transformé en culte de la consommation (si dénoncé en mai 68) ; on  ne cherche plus le sujet, on rêve de l’objet. Les manifestations de groupes se sont transformées en psychologie des foules. Le temps pour comprendre s’est transformé en immédiateté, en recherche d’un traumatisme salvateur, on cherche un « électrochoc » collectif qui détruirait la crise.

Alors suis-je certain de dire que l’humanité va dans le sens d’une déshumanisation et que l’on va directement dans des sociétés totalitaires, intégristes, racistes, antisémites et que l’on va laisser les bombes aux apprentis sorciers ?

V —  Et pourtant, quant à moi, je ne serais pas dans une péjoration de l’existence, ni dans une position mélancolique, pour plusieurs raisons, freudiennes et structurales.

Réponse : Où va l’humanité ? Elle ne pourra faire fi de l’humanisation.

• La psychanalyse a été inventée dans la Vienne raciste, antisémite, totalitaire.

• Arthur Schnitzler, Stephan Zweig sont apparus à Vienne dans les moments les pires.

Il existe une conflictualité, une césure fondamentale chez l’individu et dans la société entre Eros et Thanatos, entre les pulsions de vie et les pulsions de mort, entre l’élan vital et les tendances de destruction.

Toute ouverture se solde par une régression. Pour que l’enfant se développe, il faut que quelque part, il abandonne son milieu familial, qu’il mette un écart.

Où va l’humanité ? On n’en sait rien. Elle dépend de l’effet d’une nouvelle génération qui pointe, qui refait circuler le loto.

VI Mais il y a des moyens de laisser advenir cette nouvelle génération

En soutenant des lieux du respect de la différence et qui écoute les enseignements des nouvelles générations ;

De créer des lieux qui ne sont pas  et soumis et collaborateur avec le discours ambiant aujourd’hui conditionné par les mass médias qui ont une portée de suggestion hypnotique considérable ;

De refuser de tout penser dans l’individualité et de se dépendre de l’effet mère (l’éphémère).

Et surtout sur le plan collectif d’inventer de nouvelles formes de liens sociaux voire d’études

Et je terminerai en disant :

Où va l’humanité ? Si elle se bat vers l’humanisation ? On ne naît pas homme, on le devient (!)

Et face à la déshumanisation, à chacun de tenter de ré-humaniser