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L’appauvrissement du débat public met en péril la démocratie

Aujourd’hui, tout à chacun peut échanger et s’informer en ligne. Mais ces interactions sont soumises aux algorithmes des réseaux sociaux, qui n’ont pas la qualité du débat démocratique comme objectif principal.

Débattre de manière dématérialisée, par commentaires ou tweets interposés par exemple, nous implique-t-il autant que lors d’une discussion entre individus physiquement présents ? Philippe Breton, professeur à l’Université de Strasbourg et directeur éditorial du site de l‘Observatoire de la vie politique en Alsace, répond que débattre en son nom, en engageant sa réputation, conduit à assumer ses positions comme dans les autres cadres d’échange. En revanche, s’immiscer dans la controverse sous couvert d’anonymat n’invite pas à la demi-mesure. Car c’est le fait d’être « vivant et impliquant » qui « fait avancer le débat », précise le chercheur en sciences de l’information et de la communication.

Une méconnaissance des processus d’indexation

Mais au-delà du fait de s’engager dans le débat, il y a les arguments choisis et employés. En 2016, le questionnement de 50 000 personnes issues de 26 pays par le Reuters Institute for the Study of Journalism, de l’Université d’Oxford, a démontré que 51 % d’entre elles s’informent via les réseaux sociaux, et que 12 % les emploient comme première source d’information (notamment Facebook). Ainsi, l’information n’est pas systématiquement cherchée, mais elle vient à nous grâce à un algorithme.

En cas de manque, un réflexe s’impose aujourd’hui : le moteur de recherche. Philippe Breton relève que « beaucoup de gens ne connaissent pas le fonctionnement du processus d’indexation de Google ». Ils ignorent par exemple que si deux personnes effectuent la même recherche, elles n’obtiendront pas le même résultat. Tout est soigneusement calibré selon nos habitudes en ligne et notre profil. Là aussi, par un algorithme. Selon des chercheurs comme le professeur de droit à Harvard Cass R. Sunstein, les internautes sont ainsi traités en simples consommateurs, invités à ne consulter que ce qui leur est proche, mettant en cause la transparence du fonctionnement des algorithmes concernés. S’y ajoute le fait que la popularité et la visibilité d’un article ne sont pas gages de sa qualité.

Faute de « moralisation » des règles de fonctionnement de ces technologies, y aurait-il un péril pour la démocratie ? « L’un des présupposés de la démocratie est la qualité de l’information, nécessaire pour que chacun puisse se former », estime Philippe Breton. Pour participer au pouvoir, définition-même de la démocratie, il est indispensable d’avoir la capacité de se forger sa propre opinion, d’où une nécessaire qualité dans le processus d’information. « Dans la mesure où il y a une absence de règles du pouvoir brutal de la technologie, oui, cela peut conduire à une dégradation de l’information, donc des opinions et de la démocratie », conclut Philippe Breton.

Bénédicte Weiss, journaliste