sciencefrission

« La science-fiction perd de son pouvoir prédictif »

 Pour Catherine Dufour, auteur de science-fiction, le genre perd de son pouvoir prédictif en raison de la vitesse à laquelle progressent désormais les sciences et la technologie.
 
“La science-fiction est née avec les progrès techniques. Elle permet à la mentalité générale d’appréhender ces évolutions. C’est un phénomène d’habituation aux nouvelles technologies, un moyen d’exorciser des peurs. Dans Frankenstein par exemple, publié au début du XIXe siècle, un savant donne la vie à un être-vivant.
Quand je parle de science-fiction, je précise qu’il y a plusieurs genres de science-fiction et que je parle de la science-fiction d’anticipation, qui consiste à imaginer le futur de nos sociétés à partir des découvertes actuelles. Cette science-fiction perd de son pouvoir prédictif.
Je vais prendre un exemple : Le meilleur des mondes a été écrit en 1931. Entre l’écriture de ce roman, qui anticipait sur la manipulation génétique, et la réalité de cette avancée technologique, plus de 80 ans se sont écoulés.
Mais désormais, les sciences et la technique évoluent trop vite. Récemment, dans une nouvelle, j’avais imaginé qu’un cocon entourerait mes personnages, à la manière d’une bulle entre eux et l’espace. Finalement, je n’ai pas utilisé cette nouvelle parce que je me suis aperçue que cette avancée technologique venait d’être développée par une startup américaine (un boîtier électronique, Muzo, permet de chasser les vibrations liées aux bruits, créant une bulle de silence autour de soi).
De même, dans mon livre Le goût de l’immortalité (2005), j’imagine que les êtres-humains deviennent immortels : nos corps seraient clonés et nos cerveaux greffés dans ces nouveaux corps, une fois nos corps précédents usés. Je situe cette avancée technologique dans les années 2300. Mais vu les milliards et les milliards de dollars investis par les transhumanistes de la Silicon Valley, une avancée technologique pour faire reculer la mort pourrait arriver dès 2030.
Voir un récit de science-fiction se faire rattraper aussi vite par une avancée technologique est un phénomène que je constate de plus en plus souvent. Et d’autres auteurs que je connais partagent ce point de vue. Quand on écrit de la science-fiction, on suit pourtant ce type d’évolutions de près. Je lis les revues Nature, La recherche, Sciences et Vie… Je suis en particulier les petites informations sur des recherches menées par des laboratoires. D’ailleurs, pour une nouvelle de mon recueil L’accroissement mathématique du plaisir (2008), je me suis inspiré des recherches menées sur le rôle des hormones, la vasopressine notamment, dans les comportements sexuels et l’attachement familial des campagnols. Dans cette nouvelle, je projette ce que l’injection de cette hormone pourrait donner chez les êtres-humains…”
 
Propos recueillis par Rémi Boulle, journaliste