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«  Je ne crois pas que des robots seront capables de nous aimer un jour »

Pour Luisa Damiano, professeur de logique et de philosophie de la science, et auteur de « Vivre avec les robots », la priorité est de réfléchir aux interactions que l’on souhaite ou non développer avec les robots, plutôt que de créer des lois pour défendre leurs droits.

« Dans le futur, il faut s’attendre à ce que de nombreux robots, différents, soient introduits dans notre vie de tous les jours. Certains, comme c’est déjà le cas, auront une morphologie humanoïde, mais je n’imagine pas possible qu’ils aient une conscience ou des capacités cognitives équivalentes à celles des êtres-humains.
La priorité n’est donc pas de protéger les robots par des lois, mais plutôt de mener une réflexion éthique par rapport aux interactions que l’on souhaite ou non développer entre les humains et les robots.
Pendant dix ans, je me suis intéressée aux recherches dédiées aux émotions des robots. C’était pour mon essai sur l’empathie artificielle, “Vivre avec les robots”, corédigé avec Paul Dumouchel. Nous nous sommes aperçus que trois types de robots sont développés.
Les premiers sont construits de manière à ce qu’ils soient expressifs. Ils n’ont pas d’émotion, même s’ils peuvent donner l’illusion d’en avoir, par exemple par leurs expressions du visage. Les seconds sont construits en ayant un système reproduisant le système émotionnel humain. Les troisièmes sont construits de manière à ce qu’ils soient expressifs et dotés d’un système reproduisant les émotions humaines.
Du fait de l’introduction de nombreux robots dans notre vie de tous les jours, il faut s’attendre à ce que nos interactions avec un robot fasse évoluer notre socialité. Je ne crois pas que des robots soient capables de nous aimer un jour, mais je crois qu’il est possible de développer une dynamique affective avec les deuxième et troisième type de robots.
Peu importe l’état émotionnel interne des robots, si un robot déclenche en moi une réaction émotionnelle, une dynamique affective est créée entre le robot et moi.
Les robots représentent des perspectives très positives en particulier pour les personnes qui ont une perte d’autonomie. Ils pourraient en effet pallier cette perte tout en créant avec ces personnes une dynamique affective.
Et les robots réaliseraient mieux la tâche pour laquelle ils ont été conçus s’ils sont capables de comprendre l’état émotionnel de la personne avec laquelle ils doivent interagir. Par exemple, pour pour proposer à une personne âgée de faire quelques exercices physique.
De même, des études sont menées pour mesurer les effets quand on utilise des robots pour aider des enfants autistes. Eh bien, ces effets semblent très prometteurs !
Le risque serait que des personnes aiment tellement les robots qu’elles en perdent le goût d’interagir avec d’autres personnes. Mais il nous appartient d’orienter positivement les développements technologiques et l’utilisation des robots.
Souvent, les sciences humaines s’opposent aux développements technologiques des robots. Je pense au contraire qu’il est fondamental de dialoguer avec ceux qui sont chargés des développements technologiques des robots. L’important est de conserver un regard mesuré, sans être excessif, que ce soit dans la critique ou que ce soit dans l’admiration. »

Propos recueillis par Rémi Boulle, journaliste

Dans le cadre du Forum européen de bioéthique de Strasbourg, Luisa Damiano interviendra au débat « Vivre avec les robots ». Jeudi 2 février de 18h à 19h45, salle de l’Aubette.

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