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Faut-il cloner les futurs humains ? Le clonage, nouvelle forme de reproduction ?

Se reproduire par clonage permettrait, selon les promoteurs de cette idée, de mettre au pas l’évolution darwinienne… qui favorise pourtant l’adaptation de l’être humain à son environnement.

Devenir plus fort, plus beau, plus intelligent, en meilleure santé, et vivre plus longtemps, voire ne plus mourir, sont autant d’idées prônées par le mouvement transhumaniste. Reste que l’être humain est un animal, une machine biologique qui évolue. Vraiment ? D’aucuns estiment que cloner les futurs humains permettrait de mettre fin à l’évolution darwinienne, truffée d’erreurs génétiques et de hasard. Cloner deviendrait ainsi une nouvelle forme de reproduction.

En soi, « cloner l’être humain, ce ne serait pas compliqué. C’est un mammifère », commente Vincent Grégoire-Delory, directeur de l’École supérieure d’éthique des sciences (ESES) de l’Institut catholique de Toulouse (ICT) et responsable de la plateforme éthique du consortium public-privé Toulouse White Biotechnology (TWB). Depuis la naissance de la brebis Dolly en 1996, le clonage a fait du chemin.

Variabilité génétique
Mais alors que l’évolution telle que l’a décrite Darwin permet aux populations de se renforcer, cloner l’être humain ne risquerait-il pas au contraire de freiner notre espèce ?
« Cloner amoindrit la variabilité génétique de la population, acquiesce Vincent Grégoire-Delory qui se réfère également aux problèmes observés dans les cas de consanguinité. Si tout le monde veut être beau, sain, fort, et disposer de caractéristiques biologiques à la mode, cela supposerait une baisse de cette variabilité. Or l’adaptibilité vient du fait que le vivant n’est pas parfait. À chaque fois que l’ADN se réplique, il y a des erreurs. Et s’il n’y a plus d’erreur, mais que tout est cadré, cela tient alors davantage du robot et du programme, que du code. »
Le code étant notre génome, sorte d’alphabet qui s’exprime en fonction du micro-environnement constitué par les cellules. À l’inverse d’un programme qui se déroulerait quel que soit le contexte dans lequel il se trouverait, précise le chercheur.
Pour sa part, Catherine Rongières, coordinatrice du comité d’éthique du pôle de gynécologie obstétrique de Strasbourg, note qu’obtenir par clonage des personnes nous ressemblant physiquement à 100 % ne signifierait pas qu’elles nous soient identiques sur le plan cérébral.
« Il suffit d’observer les différences entre deux jumeaux », image-t-elle. Car se reproduire par clonage ne reviendrait pas à se démultiplier, mais uniquement à laisser son apparence à un autre individu, doté de sa propre personnalité et de son propre vécu.

Bénédicte Weiss, journaliste